28 avril 2009
Mis en bouteille
En relisant la bible hier matin avant d'aller au boulot, deux passages ont retenu mon attention que je m'empresse de porter à votre connaissance. A la page 124 du nouveau testament (recueil de 4 nouvelles), Jésus et sa maman, Madame Christ, sont invités à un mariage dans la pittoresque bourgade de Cana. La mariée est fort somptueuse dans sa robe blanche et la cérémonie à l'église suscite une vive émotion parmi les convives. Le vin d'honneur est un franc succès : le champagne coule à flots et les petites saucisses cocktail disparaissent à vue de plateau. On papote, on danse un peu, puis vient l'heure de passer à table.
Et là, gros loupé de la part du traiteur : plus de pinard. On tiendra jamais jusqu'à la jarretière. Catastrophe! Jésus, exaspéré, dont le verre était à marée basse depuis un bon moment déjà, se rendit aux cuisines et entreprit alors le sommelier :"Hé ducon, ça fait dix minutes que j'agite le carafon, il est tout plein de vide, j'ai la gorge qui gratte!" Le ducon expliqua la situation au messie qui esquissa alors un sourire : "Ho, bin si c'est que ça, je vais te régler le problème en moins de temps qu'il n'en faut à Jean pour écrire l'évangile selon saint-lui. Que l'on m'apporte de l'eau, et fissa."
L'on s'exécuta.
Sous les yeux médusés du traiteur et des serveurs, Jésus, d'un geste de la main, transforma l'eau en vin (et pas en piquette des fonds de cuve de l'Union européenne, hein, plutôt du style Châteauneuf-du-Pape 1990.. ou équivalent de l'époque). Du coup, l'ambiance se dérida et le mariage fut réussi (mais le traiteur fut renvoyé.) Par contre, l'ouvrage ne précise pas si Jésus a eu recours à une opération classique d'hydrolyse ou s'il a caché un cubi sous la table. Mystère...
On en apprend plus dans un autre passage toujours du même bouquin. A un moment, Jésus (le héros) se retrouve dans le désert en compagnie de plusieurs centaines d'amis. Sans doute avaient-ils dû manger trop léger le matin, toujours est il qu'arrivé midi, la faim se fit sentir, c'est classique. En regardant dans son sac à dos, Jésus s'aperçut qu'il lui restait quelques tranches de pain et du poisson (en plein cagna, bonjour l'odeur!), mais pas assez pour tout le monde.
Jésus invita alors ses amis à se rassembler autour de lui. Miranda, son assistante, disposa les pains et les poissons sur une table et passa la main en dessous du plateau pour bien montrer à l'assistance qu'aucun trucage n'était possible. Jésus se concentra et passa les mains au dessus des victuailles. Et là, pouf, on assista comme par miracle à la multiplication des tranches de pain et des poissons (dépassant alors les quotas fixés par l'union européenne, mais là vu qu'on était hors-UE, ça posait problème à personne).
Bref, c'est grand, c'est beau, c'est généreux, c'est amour, c'est Jésus (je résume parce que le bouquin continue et des fois y a des redites entre les auteurs). J'ai pas terminé le livre mais, sans vouloir trop m'avancer, il me semble que ça se termine bien pour le héros. Je dois dire que ça m'a bien bluffé et que ça m'a donné des idées. Alors je me suis dit "Allez, banco, j'essaie !" Je suis allé chercher une bouteille de vin et je me suis lancé dans le miracle. Par contre, j'ai dû me gourer dans les formules magiques car j'ai fait disparaître le vin et multiplié les bouchons. Je pourrais jamais être engagé comme traiteur, c'est sûr...
En plus, j'ai fait des taches partout, je sais pas si je pourrais récupérer le buffet.
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Message à caractère informatif : La vie en rouge me fait les grands honneur et plaisir de parler de mes bouchons sur son blog. Un grand merci à elle :-)
20 avril 2009
Blanche, dans la bouteille
Blanche était bien empêtrée. La force qu'elle avait déployée pour s'extraire du goulot avait pompé toute son énergie. Ses bras tremblaient, ses jambes flottaient dans le vide, à quelques centimètres au dessus des flots. Les vapeurs d'alcool qui remontaient jusqu'à l'intérieur de son corps provoquèrent une fatigue soudaine et une ivresse violente. Pour la première fois, c'était son corps tout entier qui était saoul, pas seulement sa tête.
Les gens l'appelaient la noyée. Femme à la dérive. Ses penchants la faisaient sombrer plus souvent qu'à son tour. Parfois elle s'en sortait. Souvent elle rechutait, toujours elle recommençait. Chaque fois elle se liquidait.
Coincée dans sa gangue de verre, Blanche sentait sa vie s'échapper. Tout son corps exhalait les vapeurs acres du mauvais vin bon marché et sa sueur puait les vendanges précoces. Même les 13° étaient bien incapables de lui tenir chaud et de lui apporter un quelconque réconfort. Blanche s'engourdissait lentement, sûrement, mortellement, à une seule enjambée de la liberté. Jamais extraction ne lui avait paru si pénible et l'issue si incertaine.
Les paris étaient lancés. Sa cote était de 30 contre 1. Moi j'aurais pas parié sur elle, plutôt sur la bouteille.
Là, à voir Blanche remonter à la surface, à la croire, à la boire, ce serait sans doute la dernière fois. Ironiquement son ultime descente sera sa dernière ascension...

Les paris sont clos, ses yeux aussi.
14 avril 2009
Sexy Roger
Dans notre série sur Les plus beauX teXtes érotiques de la littérature française, et loin des écrits pompeuX, prétentieuX et douteuX d'un Melchior Vugo, portons aujourd'hui notre attention sur un jeune auteur qui fait adroitement rimer populaire avec bol d'air ainsi qu'avec soupière, mémère et armée de terre : Robert Lachignole (1946-2013). Ses teXtes sont empreints d'une poignante authenticité mêlée de ce brin de fantaisie qui caractérise les plus grands écrivains. Mais faisons plutôt silence et laissons place au génie.
Comme le chantait Jacques Brel "Dans le port d'Amsterdam, y a des marins qui cliquent, et qui cliquent et recliquent et qui recliquent encore. Ils cliquent pour agrandir l'image et ils lâchent des coms, des lol et des mdr (ad lib)".
En dehors de pêcher beaucoup de cabillauds, les marins savent bien ce qu'il faut faire en toute circonstance.
02 avril 2009
La naissance d'un auteur
Dans notre série sur les plus beauX teXtes érotiques de la littérature française, je porte aujourd'hui à votre connaissance érudite un manuscrit très rare datant du début du XXIe siècle. Il est l'oeuvre d'un jeune auteur prometteur dont la verve, à peine contenue, ne demande qu'à percer au grand jour (à l'instar d'un bouton rempli de sébum).
"Salut Marjorie, c'est Kévin, je te kiffe grave, viens me voir a la récré, j'ai envie de te choper, s'il te plait. A toute, bises. Ca c'est un dessin d'un poney. J'espère que tu captes l'allusion".
Selon des proches de l'auteur, il s'agit d'une correspondance romantique, sans doute le prélude à une parade amoureuse, échangée entre l'écrivain et une lectrice.
Comme ça fait plaisir à lire ! Voici enfin un teXte dont la portée immédiate ne s'encombre guère de toute la fioriture stylistique et grammaticale dont usent bon nombre des soi-disant grands auteurs classiques. En artiste complet, l'auteur a également eu recours à un langage imagé - iconographié même - dont la concision allégorique toute naturaliste sert admirablement le pouvoir puissant de la suggestion.
Nul doute qu'une oeuvre plus conséquente sortira bientôt de l'imagination fertile de Kevin, 12 ans, dont vous n'avez certainement pas fini d'entendre parler.

Aucun rapport : Et si ce n'est déjà fait, je vous invite derechef à rendre visite au jeune et militant Yoghill qui a dévoilé son grand projet auquel j'ai bien modestement participé.











